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un quotidien... au Tchad

Ce matin

Publié le 28 Mai 2014 par Choulie

Comme disait l’autre, on peut rire de tout mais pas avec tout le monde. A cet exacte moment je n’ai nullement envie de rire. Je laisse mon ironie et mon cynisme à d’autres. Ce blog devait être une façon joviale de raconter mon quotidien. Une façon de prendre de la hauteur face à la réalité quotidienne. Je n’ai pas écrit depuis longtemps car rien ne me touchait ces derniers temps. Une routine seulement. Mais qu’est-ce que je connais vraiment du quotidien des gens dont je partage les heures et la poussière ? Mon quotidien est immaculé de tous les maux que peuvent connaître les Tchadiens. Ce matin m’a ramené brutalement à la réalité. Les degrés celcuis montent à toute allure et pourtant je suis descendue vers des zones glaciales.

Au moment où une amie française a quitté le Tchad pour donner la vie à un beau et gros bébé, une autre est restée dans l’espoir de donner fièrement naissance à un enfant qu’elle a attendu patiemment neuf lunes, tout en continuant à travailler avec nous jusqu’au dernier moment . Mais celle la n’a pas la bonne nationalité, elle est Tchadienne et ce sera sa punition pour une faute qu’elle n’aura pas commise. Ma collègue, que je peux difficilement qualifier d’amie pour ce monde qui nous sépare, vient de perdre son enfant en couche. Comme un couperet, cette nouvelle est arrivée. Avec le temps et les différents pays où la brutalité sociale est une norme j’ai le sentiment de m’adapter et d’accepter ces injustices. Les enfants des rues, les handicapés, les prostituées, l’opulence et la misère font partie d’un « paysage », d’un monde illusoire pour moi. Ils sont là. Je continue à m’indigner mais avec le temps je me résigne.

Jeanine est une femme africaine stéréotypée : voluptueuse et joyeuse, simple et accueillante. Mais son image d’Epinal s’est effacée avec son deuil. En la visitant, ce matin, j’ai eu envie de pleurer et d’hurler. L’incompréhension me submergée. Comment !? Pourquoi !? La mort du nouveau né et les complications physiques de la mère auraient pu être évitées avec une médecine compétente. Il m’était impossible de soutenir le regard de Jeanine.

Ce n’est pas un texte misérabiliste mais une note à moi-même pour ne pas oublier cet instant, pour ne pas oublier que même dans des pays « en développement » on est, je suis capable de ne pas affronter la réalité en face. On, je, suis capable de ignorer, de faire semblant jusqu’à ce que le visage grave d’une Jeanine, me rappelle à la réalité.

Ce matin était un instant vrai de réalité.