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un quotidien... au Tchad

Les cours de conduite...

Publié le 22 Novembre 2012 par Choulie

Peut être est-ce parce que le Tchad est au bord du surpeuplement que mon auto école a décidé de me faire des cours de pratique dans un grand terrain rempli de gens. Ils ont dû considérer que la sélection naturelle ne laisserait que les plus méritants sur Terre après mon passage en voiture…

Le premier cours s’est déroulé sans incident mais le deuxième… Ce terrain où j’apprends à conduire est donc plein de personnes vivantes, notamment des enfants insouciants qui jouent et qui n’ont aucune conscience qu’un danger (moi au volant) rôde. Ils s’amusent gaiement avec des ballons délavés et dégonflés. L’un d’eux est d’ailleurs malencontreusement passé sous mes roues pour y finir lamentablement ses jours. Et là, c’est le drame. Comme il était dégonflé autant vous dire qu’entre les trous du chemin (car je ne roule pas sur le « goudron » mais un chemin en terre-poussière cabossé), les cailloux et les bosses c’est pas ce petit bout de plastique qui a fait la différence. Non, ce qui fait la différence c’est ce nuage d’enfants surgissant de nulle part et venant prendre la voiture en otage. Alors, non, tous les enfants ne sont pas mignons, surtout quand ils viennent de perdre leur ballon !!! Ils étaient au moins une trentaine, hurlant je ne sais quoi. Je ne comprenais rien jusqu’à ce qu’ils me montrent le cadavre de ce ballon qui avait dû au moins traverser 6 générations de pieds tchadien. Je suis passée par plusieurs phases d’émotions : la stupéfaction de voir arriver de nulle part ces petits bouts, la joie de n’en n’avoir écrasé aucun, le « réfléchissement » pour analyser ce qui se passait, et l’hébétement de ne savoir comment réagir face à la situation. Mon moniteur (Zékiné, différent de Maximilien) l’a bien senti. Il est sorti de la voiture en faisant les gros les gros yeux ce qui a suffit à leur faire peur à tous y compris à moi.

Quant au troisième cours (et oui… ce n’est pas une fiction, un roman, c’est vraiment ma vie…) nous avons travaillé la « machine » arrière, plus connue sous le terme de marche arrière. Bon, je ne maîtrise pas complètement la machine avant mais je suis bonne patte, je dis OK, Yallah, en arrière toute. Sauf qu’ils ont eu un accident de voiture et que le pare-brise arrière était cassé. Car Glass n’a ni remplacé ni réparé, ils ont mis une bâche moyennement transparente, pleine de poussière en guise de fenêtre. Je ne cherche absolument pas d’excuse. Je me débrouillais vraiment bien à slalomer entre les tous petits plots et obstacles à peine visibles, posés à terre. Cela me valait des « gentille-gentille Madame Julie » de mon moniteur. Je crois que c’est pour dire que c’est bien. (Ce qui me dérange un peu c’est qu’il le dit sur un ton comme s’il parlait à un gentil-gentil toutout…). Les petits obstacles en machine arrière c’est bon … mais… pas les gros poteaux de but de foot… et ça fait bim bam boooom… Quand mon moniteur est allé voir le petit poc (qui a la taille d’un ballon de foot dégonflé, la vie est un éternel recommencement…), à ce moment, je pense avoir perdu mon statut de « gentille-gentille Madame Julie ».

En bonus, un mot à ajouter dans votre dictionnaire franco – tchadiano. Il s’agit du verbe « doigter » qui veut dire montrer du doigt. Tout simplement !!! La première fois que je l’ai entendu c’est mon Maximilien qui, d’un ton énervé, m’a dit qu’il n’aimait pas être doigté dans la rue. Ce qui peut se comprendre. Je me doutais bien que le sens était différent mais je ne voyais pas à quoi cela faisait référence… Maintenant vous vous le savez…